Tout est déstabilisé dans nos manières habituelles de vivre… Alors, vous comme moi, il nous faut trouver de nouveaux chemins pour conduire notre existence et nous rencontrer. Puisque nous avons du temps qui se dégage, permettez-moi, comme prêtre et comme ami, de vous inviter à lire l’évangile de la messe de ce dimanche : chapitre 9 de l’Evangile selon St Jean https://www.aelf.org/2020-03-22/romain/messe#messe1_lecture4.

Jésus rencontre un aveugle de naissance. Confrontation avec la souffrance et le mal à l’état brut, dont cet homme paie les frais. Pourquoi ? se demandent les disciples qui accompagnent Jésus. Ils interrogent celui-ci sur l’explication que les théologiens de l’époque donnent à l’énigme du mal : la cécité qui afflige cet homme est la conséquence d’un péché personnel ou commis par un aïeul… Justification théorique à une question existentielle fondamentale.

Jésus refuse catégoriquement ce genre d’hypothèse. Au lieu de chercher une explication dans le passé, Jésus répond curieusement en proposant une explication tournée vers le futur, et qui dès lors devient plutôt une piste de solution et une espérance pour dépasser le mal : « c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Dans la foulée, Jésus guérit cet aveugle par un curieux processus à haute valeur symbolique et qui –à lui seul- mériterait une autre méditation que celle-ci…

Je veux en venir à ceci : tant que nous allons bien -tout en étant contraints d’admettre que le mal existe autour de nous- nous cherchons des explications théoriques, et pour beaucoup aujourd’hui nous en tirons comme conclusion que l’existence du mal est la preuve que Dieu n’existe pas, et même qu’il n’a pas le droit d’exister ! Mais une fois que nous sommes plongés nous-mêmes dans le mal, surtout collectif (comme en temps de guerre… ou d’épidémie), nous n’avons plus le loisir d’élaborer des théories, mais nous cherchons des chemins concrets pour nous en sortir, individuellement et collectivement. Et c’est là que nos œuvres manifestent notre personnalité profonde, faite d’ombre ou de lumière.

Je lisais l’interview d’un sociologue ayant constaté qu’en période de danger collectif, ¼ de la population s’engage résolument dans la résistance au fléau, ¼ veut continuer à vivre en ne pensant qu’à soi sans changer son mode de vie, et les 2/4 restants hésitent entre ces deux attitudes, prêts à suivre celle qui fera le plus parler d’elle…

Force est de constater que « les œuvres de Dieu » se manifestent largement en ces jours, parmi la population : pour la grande majorité, prise de conscience du bien-fondé des mesures de confinement pour le bien de tous, et en même temps solidarité et créativité pour se soutenir les uns les autres, avec une attention toute particulière aux personnes les plus isolées ou fragiles, encouragements pour les soignants qui sont en première ligne du combat, etc.... Bref, contrairement aux valeurs économiques, l’amour du prochain monte actuellement en bourse, de façon vertigineuse ! C’est là un investissement sûr pour l’avenir !

C’est dans une très concrète traversée du désert que nous avançons vers Pâques. Ces œuvres positives dont nous nous révélons capables, ce sont les œuvres que Dieu a déposées dans le cœur des hommes « de bonne volonté » et qui se réveillent, tels des bourgeons au printemps ! Ce sont les œuvres que Jésus est venu « accomplir », c’est-à-dire porter à leur victoire définitive dans sa mort et sa résurrection.

Ce jour-là, l’aveugle a retrouvé la vue. Lisez la suite du récit, et vous verrez que certains se sont murés dans l’aveuglement alors qu’ils pensaient voir clair, tandis que l’homme guéri se laissera de plus en plus illuminer par Jésus, lumière du monde… Puissions-nous choisir son camp !

Si vous voulez poursuivre cette méditation, lisez la 2èmelecture proposée ce dimanche (Ephésiens, 5, 8-14) https://www.aelf.org/2020-03-22/romain/messe#messe1_lecture3

Abbé Jean-Pierre Lorette

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